Plus de 600 000 personnes recourent aujourd’hui à l’aide alimentaire en Belgique, dont près de 300 000 en Région wallonne, un chiffre en constante augmentation qui concerne désormais aussi les travailleurs. Cette évolution souligne l’importance du droit fondamental à l’alimentation et l’urgence d’y apporter des réponses adaptées .

Le paysage wallon de l’aide alimentaire se caractérise par une grande densité de structures mais aussi par une forte fragmentation. Épiceries sociales, frigos solidaires, restaurants sociaux, distributions de colis et initiatives locales coexistent sans véritable logique logistique commune. Certaines structures couvrent de larges territoires tandis que d’autres agissent à l’échelle d’un quartier, ce qui engendre des disparités importantes.

Cette dispersion nuit à l’efficacité et à l’équité de l’aide, notamment dans la gestion des invendus des grandes surfaces. Les associations situées à proximité des magasins bénéficient d’un accès privilégié aux denrées, alors que celles implantées dans les centres urbains, souvent confrontées à une précarité plus marquée, rencontrent davantage de difficultés d’approvisionnement. La collecte de ces invendus requiert par ailleurs des moyens humains, matériels et immobiliers considérables, souvent hors de portée des petites structures locales.

Face à la hausse de la pauvreté et à la diminution du bénévolat, un mouvement de mutualisation s’est progressivement développé. Sans remettre en cause le rôle central des banques alimentaires, véritables piliers du système, des plateformes logistiques de deuxième ligne émergent afin de coordonner les opérations de collecte, de transport, de tri et de stockage.

Ces plateformes permettent de professionnaliser les collectes, de répartir plus équitablement les denrées, de mutualiser les équipements, de réduire la concurrence entre associations et d’explorer de nouveaux circuits d’approvisionnement en lien avec la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Plusieurs expériences existantes démontrent déjà leur efficacité, qu’elles soient organisées par réseau ou sur une base territoriale. Ces structures apparaissent désormais comme des acteurs indispensables du système.

Une reconnaissance officielle par la création d’un agrément wallon permettrait d’identifier clairement ces plateformes, d’en renforcer la légitimité et la visibilité, et d’instaurer un cadre garantissant qualité, transparence et cohérence. Un tel agrément favoriserait la structuration du réseau et ouvrirait de nouvelles perspectives face à des besoins alimentaires appelés à croître durablement

Ce billet est uniquement disponible en français.