La pandémie de Covid-19 a marqué un tournant majeur dans l’action publique. Pour préserver des vies, les États ont accepté de suspendre partiellement l’activité économique et d’injecter des montants sans précédent afin de soutenir les ménages, les entreprises et les systèmes de protection sociale. Cette réaction a mis à mal plusieurs dogmes budgétaires et révélé le retour décisif de l’État dans l’économie, rompant avec les politiques d’austérité adoptées lors de la crise financière de 2008.
Cette relance intervient toutefois dans un contexte de crise écologique profonde. L’effondrement de la biodiversité, l’aggravation du changement climatique et la dégradation des sols démontrent que la simple recherche de la croissance économique ne peut plus constituer l’horizon des politiques publiques. Réduire la pauvreté et préserver l’environnement ne peuvent plus être traités séparément : ces deux objectifs doivent être intégrés au cœur même du modèle de développement.
La transition écologique et la justice sociale ne sont pas antagonistes. Les populations les plus pauvres sont aujourd’hui les premières victimes de la pollution, du dérèglement climatique et de la dégradation des écosystèmes. Les inégalités sociales amplifient l’empreinte environnementale globale, car une concentration excessive des richesses entraîne une consommation disproportionnée par les groupes les plus aisés.
Un nouveau cadre de réflexion s’impose, fondé sur un espace à quatre dimensions. La première consiste à garantir une transition juste, protégeant les travailleurs et les régions affectés par la transformation écologique au moyen d’une protection sociale adéquate, de politiques de reconversion professionnelle et d’investissements créateurs d’emplois durables.
La deuxième dimension repose sur la réduction des inégalités. Une société plus égalitaire utilise les ressources de manière plus efficace et permet de satisfaire les besoins fondamentaux avec moins de croissance économique. La justice sociale devient ainsi une condition de réussite de la transition écologique.
La tarification du carbone illustre cette exigence. Si elle constitue un levier essentiel de la décarbonation, elle ne peut être socialement acceptable que si ses recettes sont redistribuées au bénéfice des ménages à faibles revenus, notamment par des compensations financières, des réductions fiscales ou des investissements publics facilitant les changements de modes de vie.
La troisième dimension réside dans les politiques à « triple dividende », capables de réduire l’empreinte écologique, de créer des emplois et de garantir l’accès abordable à des biens essentiels. Les secteurs de l’énergie et du bâtiment offrent un potentiel considérable à cet égard, notamment par le développement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la rénovation des logements, tout en luttant contre la précarité énergétique.
La quatrième dimension concerne la lutte contre l’obsolescence programmée. Allonger la durée de vie des produits, promouvoir l’économie circulaire, soutenir la réparation et encadrer les pratiques industrielles permettent à la fois de réduire les déchets, de préserver les ressources et de rendre les biens de consommation plus accessibles aux ménages modestes.
La relance post-pandémie ne peut reproduire les modèles du passé. Le risque serait de faire payer aux plus pauvres le coût de la crise économique, de la transition écologique et de son financement. Une autre voie est possible, fondée sur la réduction des inégalités, l’investissement public et la transformation des modes de production et de consommation.
Réussir la transition écologique suppose ainsi de rompre avec une croissance non durable et de construire une trajectoire de développement centrée sur le bien-être humain, la dignité et le respect des limites planétaires. « Reconstruire en mieux » ne signifie pas revenir à l’ancien monde, mais inventer un avenir plus juste, solidaire et soutenable.
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