La privation énergétique en Région de Bruxelles-Capitale constitue un enjeu majeur analysé par l’Observatoire de la Santé et du Social. La « précarité énergétique » est une notion polysémique qui s’est largement diffusée dans l’espace public et a gagné une reconnaissance institutionnelle dans les directives de l’Union Européenne. Deux perspectives s’affrontent: la première met au centre les mauvaises conditions de logement dues aux revenus insuffisants des ménages les plus pauvres, tandis que la seconde s’intéresse à la consommation énergétique dans le cadre des questions environnementales et met dès lors en cause la qualité du bâti.

Au niveau européen, la rénovation des bâtiments est identifiée comme levier d’action principal pour atteindre les objectifs d’efficacité énergétique et réduire les émissions de gaz à effet de serre, avec 50 millions de consommateurs peinant à chauffer leur maison convenablement. Le Plan Air-Climat-Energie (PACE) bruxellois fait également de la rénovation des logements un moyen de lutte contre la précarité énergétique, avec 27,6% des Bruxellois en souffrant.

L’analyse révèle de fortes inégalités de conditions d’habitat: les plus pauvres habitent des logements de moins bonne qualité, rencontrant de 3 à 8 fois plus souvent des problèmes que les ménages aisés. Les logements mal isolés et difficiles à chauffer sont plus souvent habités par les locataires (83%) que par les propriétaires (17%).

Paradoxalement, les ménages plus pauvres dépensent moins d’énergie: les plus pauvres dépensent en moyenne 124€ par mois contre 200€ pour les plus aisés. Deux raisons expliquent cette différence: les logements des plus pauvres sont plus petits (1), et leurs faibles ressources les mènent à se priver de chauffage (2).

(1) Les inégalités de superficie des logements sont importantes: les ménages les plus en difficulté habitent en moyenne dans 68m2, contre 142m2 pour les plus aisés. 42% des ménages les plus démunis sur-occupent leur logement, contre 4% pour les ménages les plus aisés. Or, la question des surfaces occupées est fondamentale, les ménages aisés sous-occupant fréquemment leurs logements et engendrant des surplus de consommation énergétique.

(2) Les ménages les plus pauvres développent des tactiques de restriction, notamment en ne chauffant que certaines pièces centrales comme le salon. La privation énergétique touche 31% des ménages avec les plus grandes difficultés financières. Les ménages en privation énergétique présentent plus souvent des problèmes de santé.

Plusieurs études démontrent que la rénovation du logement pourrait ne pas faire baisser les dépenses d’énergie pour les plus pauvres, mais plutôt améliorer leur confort sans réduction des factures énergétiques.

L’ordonnance du 7 mars 2024 oblige tous les propriétaires à ce que leur logement ait au minimum une classe énergétique E en 2033 et C en 2045, mais risque d’augmenter les loyers. L’analyse des annonces immobilières confirme en effet que les logements mieux isolés sont effectivement plus chers. Quant aux dispositifs de financement de la rénovation, ils touchent principalement les propriétaires, qui sont les moins touchés par la privation énergétique.

Ainsi, l’articulation entre enjeux sociaux et environnementaux est difficile car potentiellement contradictoire, les mécanismes de marché étant peu aptes à satisfaire les deux objectifs simultanément.

Dans ce contexte, le Rapport résumé dans l’article de J. Girès insiste sur le fait que le tarif social fédéral pour l’énergie constitue un dispositif important, réduisant de moitié le prix de l’énergie pour certaines catégories de ménages.

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