La pauvreté comporte une dimension fortement liée au genre, bien qu’elle soit rarement abordée comme telle dans les débats généraux. Les femmes constituent pourtant une part importante de la population et sont presque jamais considérées comme un groupe spécifique ayant des besoins et des difficultés propres. Cette invisibilisation repose souvent sur l’idée implicite que la question du genre serait déjà intégrée, alors même que de nombreuses réalités démontrent le contraire. 

La pauvreté touche les femmes d’une manière particulière et engendre des problématiques spécifiques. La précarité menstruelle n’en est qu’un exemple parmi d’autres. Les structures d’hébergement pour personnes sans domicile sont majoritairement pensées pour les hommes, car ceux-ci sont plus visibles dans l’espace public. Les femmes, quant à elles, tentent davantage d’éviter la rue en trouvant refuge temporairement chez des proches. Cette stratégie les rend moins visibles mais souvent plus vulnérables. Dans certaines situations extrêmes, la pauvreté et le sans-abrisme figurent parmi les causes les plus fréquentes de l’entrée dans la prostitution, exposant les femmes à un risque accru de violences sexuelles.

La pauvreté ne se limite pas à une question de genre : elle s’entrecroise également avec l’origine ethnique et l’âge. Les femmes racisées sont davantage exposées au risque de précarité, tout comme les femmes âgées ayant atteint l’âge de la retraite. Nombre d’entre elles subissent encore aujourd’hui les conséquences de modèles familiaux traditionnels. En interrompant leur carrière professionnelle pour s’occuper des enfants ou du ménage, elles n’ont pas constitué de droits suffisants à la pension. Après un divorce ou le décès précoce du conjoint, beaucoup se retrouvent sans protection financière réelle, le système de sécurité sociale ne couvrant souvent que le strict minimum vital.

La pandémie de covid-19 a renforcé ces inégalités existantes. Le risque de pauvreté a fortement augmenté, en particulier pour les femmes. La fermeture des écoles a accentué la charge familiale, majoritairement assumée par les mères, reléguant le travail rémunéré au second plan. Par ailleurs, les femmes sont largement surreprésentées dans le secteur des soins, caractérisé par une forte pression professionnelle et des salaires souvent faibles. L’intensification du travail durant la crise sanitaire a ainsi accru leur vulnérabilité économique.

Ces constats ne représentent qu’une fraction des difficultés auxquelles les femmes sont confrontées en situation de précarité. La pauvreté se manifeste sous de multiples formes et continue, aujourd’hui encore, à toucher les femmes de manière disproportionnée. À ce titre, la pauvreté, dans toutes ses dimensions, demeure indissociablement une affaire de femmes. 

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